J’étais hier soir au spectacle d’Emir Kusturica & The Non Smoking Orchestra. Comme je l’ai écrit sur mon compte Twitter, je me suis sentie transportée pendant 2h jusqu’à Belgrade, en Serbie. Ce spectacle m’a rappelée qu’avant d’avoir un intérêt marqué pour l’Afrique, j’ai longtemps été fascinée par l’Europe de l’Est. D’ailleurs, quand j’ai quitté pour la première fois de ma vie l’Amérique du Nord, c’est jusqu’en Hongrie que j’ai volé, dans le cadre d’un programme de Jeunesse Canada Monde. Même si déjà, à cette époque, j’avais une fascination pour l’Afrique, j’ai coché Europe de l’Est quand j’ai dû choisir parmi mes destinations préférées. J’ai toujours été fascinée par l’Afrique que j’imaginais, avec mes yeux d’enfant et d’adolescente québécoise, pleine de couleur, de danse et de musique. Quand je pensais Europe de l’Est, je voyais un gros nuage gris. Je ne voyais rien, en fait. C’est donc le goût de la découverte qui m’a poussée jusque-là (quand même, à mon premier voyage en Afrique, au Burkina Faso, j’ai bien vu que l’Afrique réelle n’avait rien à voir avec l’Afrique dans la tête d’une petite québécoise qui ne connaissait de ce continent que le Roi lion et des images du genre :

Genre d’images que j’ai revues pas mal récemment sur le Web, car elle expliquerait l’origine des fameuses vuvuzuelas utilisées amplement pour la Coupe du Monde de soccer en Afrique du Sud. OK. Vous comprenez que je blague, non ?

Revenons aux faits. Les gens qui, comme moi, s’intéressent au développement international sont d’abord des gens qui aiment voyager, généralement. Et je me demande si c’est une bonne chose. Grâce à mes quelques voyages en Europe de l’est et en Afrique, j’ai appris à mieux connaître ces régions du monde. Je sais maintenant que tous les Africains ne se promènent pas avec une vuvuzuela au bout du pénis. Mais je ne connaîtrai jamais la Hongrie ou le Mali autant qu’un Hongrois ou qu’un Malien. Donc, quand vient le temps de penser à ce qui serait bon pour le développement économique de ces pays, je ne suis peut-être pas la mieux placée (surtout que je ne suis pas économiste ;-)). Sans blague. Quand j’étais au Burkina Faso, j’ai travaillé sur un petit projet de film avec un collègue burkinabé, et heureusement qu’il était là ! Lui connaissait les codes du pays. Lui parlait le mooré. Et tandis qu’à la fin du projet, la moitié des participants canadiens étaient aux prises avec des problèmes intestinaux qui les empêchaient de fonctionner, on s’est franchement demandés « est-ce qu’on est vraiment efficaces ici ? ».

C’est pourquoi, pour moi, le développement international passe d’abord par l’éducation, qui fait souvent défaut dans les pays pauvres. Un Burkinabé avec les connaissances nécessaires sera plus efficace que moi pour développer un projet dans son propre pays (du moment où il a également accès aux outils nécessaires, je pense par exemple à des incubateurs d’entreprises, du crédit, des outils de communication, etc.). Malgré tout, et là, je défends un peu les voyages que j’ai fait et que je ferai sûrement encore, je crois beaucoup en la rencontre de l’autre et à la connaissance de l’autre. Et même si, en tant que nord-américaine, je ne digère pas toujours très bien certaines bactéries exotiques, je continue de croire que, si je n’ai pas apporté grand-chose aux Maliens ou aux Burkinabés en allant les visiter chez eux, bin j’ai au moins rapporté de là-bas des photos différentes de celle ci-haut…

Moi et Romain au travail

Moi et Romain au travail (crédit photo : Gilles Saint-Amand)

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4 thoughts on “Est-ce que aimer voyager est une bonne chose pour faire du développement international ?

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  • 13 juillet 2010 à 20 h 19 min
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    Encore des nuances intéressantes ! Merci Johanne ! Peu e gens savent à quel point on ne va pas faire un projet de dév int’l pour « aider » les gens… C’est beaucoup plus complexe que ça, et eux ont tant à nous apprendre 🙂

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    • 13 juillet 2010 à 21 h 50 min
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      Effectivement… c’est pourquoi aussi parler d' »aide internationale » n’est pas toujours très approprié… à ce sujet d’ailleurs, je suis toujours à me demander quelle expression est la mieux, ou en tous cas la moins pire, quand il faut parler de « développement international » ou alors de « coopération internationale » ou quoi encore ?…

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      • 4 août 2010 à 22 h 17 min
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        J’ai toujours préféré Coopération – qui sous-entend un travail réciproque – que développement, à cause des dérives occasionnés par le tout-au-développement économique qu’il sous-entend. Si ça t’intéresse, paraît qu’il faut lire Le Développement Histoire d’une croyance occidentale de de Gilbert Rist…

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