Sommet G20 SéoulAu cours des derniers jours, la Corée du Sud était l’hôte du Sommet du G20. Établi en 1999, à la suite de la crise financière asiatique, il réunit les chefs d’États, les ministres des Finances et les gouverneurs des Banques centrales qui discutent des mesures nécessaires pour promouvoir la stabilité financière dans le monde et pour atteindre un développement économique durable.

Comme à chaque réunion mondiale de ce type, des sommets parallèles ont eu lieu, auxquels ont participé des ONG, moins nombreux qu’habituellement, comme l’explique cet article (en anglais), mais tout de même, Save the Children, Action Aid Australia et Oxfam notamment y étaient.

Les ONG, depuis quelques temps, sont accusés de part et d’autre. On s’inquiète qu’en Haïti, la situation tarde à changer, et on se demande pourquoi rien ne bouge (est-ce nécessaire de répéter que la situation là-bas est exceptionnelle ?). La journaliste néerlandaise Linda Polman publie le livre War Games dans lequel elle accuse les interventions humanitaires de prolonger les guerres. Et tutti quanti.

Je ne souhaite pas démêler le vrai du faux ici. Seulement, pourquoi les ONG et la société civile sont-elles devenues des participantes régulières, ou en tous cas des « non-participantes » bruyantes, à des événements comme le G20 ? Ça sert à quoi, cette… mascarade ?

Le cas de la Corée du Sud, hôte du Sommet, est à cet effet assez intéressant. Le pays est considéré comme le plus fort des quatre « tigres asiatiques ». Ceux-ci sont 4 pays, la Corée du Sud, Hong Kong, Singapoure et Taiwan, qui ont vu leur économie croître, entre les années 1960 et 1990, de manière vertigineuse. En Corée du Sud, par exemple, le revenu par capita est passé de 82$, soit moins que le Ghana au même moment, à 19 000$, au cours des 50 dernières années.

Les études pour expliquer le phénomène sont nombreuses. Et leurs conclusions également. Ainsi, pour la Banque mondiale, le miracle est-asiatique s’explique par la croissance de la technologie (nouvelles machines, nouveaux procédés, etc.) et donc de la productivité. À l’opposé, ou en tous cas, différemment, plusieurs auteurs, Alwyn Young par exemple, qui a écrit The tyranny of numbers: confronting the statistical realities of the East Asian growth experience, expliquent le miracle asiatique par la croissance de la main-d’œuvre, rendue possible grâce à l’éducation notamment, mais également grâce à un système de santé adéquat. Le G20, davantage influencé par la Banque mondiale il me semble, « reconnaît l’importance du capital humain, mais il ne reconnaît pas l’importance cruciale de l’investissement dans la santé, l’éducation et les infrastructures. » Dans le même ordre d’idées, la pauvreté dont tient compte le Fonds monétaire international (FMI) est la pauvreté monétaire, et non humaine ou sociale. Ainsi, quand les ministres des Finances et les gouverneurs des Banques centrales réfléchissent à des moyens de relancer l’économie et de lutter contre la pauvreté, tiennent-ils compte dans leurs calculs de variables telles la scolarisation et l’espérance de vie ? De la destruction et de la pollution environnementales ? De la richesse de la vie juridique et institutionnelle des pays ? Du respect des droits humains et de l’exclusion sociale ?

Les politiques macroéconomiques, dont il est question aux rencontres du G20, peuvent certes avoir des effets positifs sur les conditions de vie et la pauvreté : elles peuvent contribuer au rétablissement d’un équilibre de marché, faciliter l’accès des pays en voie de développement au marché des pays industrialisés, favoriser la mise en place d’une structure concurrentielle, etc. Cependant, des produits très taxés à l’exportation vont inciter le producteur à réduire sa production, et donc ses revenus et sa capacité à investir à long terme. Dans certains pays, les rares individus riches sont si près du pouvoir qu’ils peuvent facilement éviter de payer des impôts. De même, un changement radical des prix peut entrainer des mouvements de révolte chez la population.

Voilà ainsi pourquoi à chaque rencontres internationales de nos chefs d’État, des représentants de la société civile sentent le besoin de se déplacer aussi : pour rappeler à nos gouvernements que l’application des politiques macroéconomiques ne doit pas perdre de vue le rôle premier de l’État, qui est de fournir des biens et des services publics, notamment des systèmes de santé, d’éducation et de justice.

Source : D. Green, From Poverty to Power: How Active Citizens and Effective States Can Change the World, 2008

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5 thoughts on “Qu’est-ce qui attire les ONG et la société civile aux Sommets du G20 ?

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