Les conditions de vie des travailleurs humanitaires. Et le choc culturel ?

Des enfants de mon quartier de BamakoOn a beaucoup parlé récemment des conditions de vie des humanitaires et des coopérants, notamment dans les articles entourant le deuxième anniversaire du séisme en Haïti. La Presse, par exemple, en a parlé dans son spécial sur l’aide humanitaire : Riches au milieu des pauvres (intéressant d’ailleurs de constater que les journalistes ne font presque jamais de distinction entre l’humanitaire et la coopération internationale).

Étrangement, on ne parle jamais d’une autre variante avec laquelle tous les coopérants doivent jongler : le choc culturel. Quand j’ai travaillé au Mali, il y a quelques années, le choc culturel m’est tombé dessus comme une tonne de briques. On dit que le troisième mois dans un pays d’accueil est souvent une (première) période charnière. J’ai alors fait une crise de malaria. Le choc culturel est souvent la cause ou la conséquence d’une maladie physique. Après avoir passé une semaine complètement k.o., incapable de travailler, mon intérêt pour le Mali a diminué drastiquement. Je n’avais plus envie de passer mes soirées sur le balcon à discuter des différences Canada-Mali avec les gens du voisinage. Voir mes voisins envahir mon balcon et ma maison, sans respect pour mon intimité, m’exaspérait. Au Mali, on nous baptise toujours d’un nom malien. On m’appelait Mariam Doumbia. Ça facilite l’intégration, d’une certaine manière. Mais après 3 mois, j’aurais aimé que mes voisins m’appellent par mon vrai nom. Ils me tapaient littéralement sur les nerfs.

J’aurais aimé habiter un appartement situé près du centre-ville, pour pouvoir facilement aller prendre un verre avec d’autres expatriés, pour parler de tout et de rien, mais surtout pas de différences culturelles. J’aurais aimé être suffisamment bien payée pour pouvoir me payer un peu plus souvent les restaurants occidentalisés du centre-ville, et les taxis pour m’y rendre. Mon quartier, loin du centre-ville, ignoré des expatriés, était devenu comme une prison sans mur.

Tout comme mon appartement, d’ailleurs. Ce dernier était mieux équipé que la plupart des maisons des alentours. J’avais l’eau courante et l’électricité. Mais après 3 mois, ma cuisine, éclairée par un faible fluorescent et équipée de deux chaises droites, d’une table, de deux ronds au gaz et d’un petit frigo m’ennuyait profondément. Tout comme ma chambre, aussi éclairée par un fluo bleuté. Je fantasmais à l’idée d’une pièce douillette et chaleureuse, d’un fauteuil confortable, d’une lumière tamisée, d’une télé. Je fantasmais à l’idée d’une soirée cocooning. C’était presque viscéral, je pensais à ça tout le temps. Cet appartement était devenu tellement ennuyant.

Trois semaines après ma crise de malaria, j’ai été malade à nouveau. C’était une grippe ? Un rhume ? En tous cas, j’étais fièvreuse, et ça m’a fait manquer encore une semaine de travail.

J’ai malgré tout surmonté le choc culturel et j’ai quand même réappris à apprécier le Mali. J’y ai passé de bons moments. Mais ce choc culturel vécu à fond m’a laissée méfiante. Au Canada ou au Québec, nous sommes habitués à un certain confort, et jamais plus je ne renierai celui-ci sous le prétexte de mieux m’intégrer.  Ma façon de vivre fait partie de mon identité. Une certaine dose de culpabilité est souvent un sentiment sous-jacent au travail de coopération internationale. Mais il est, à mon avis, inutile, voire nuisible. Ma relative « richesse » fait partie d’une injustice mondiale contre laquelle j’essaie de lutter en travaillant en coopération internationale. Et je ne crois pas que de devenir pauvre à mon tour soit la meilleure façon de combattre cette injustice. L’enrichissement pour tous, voilà plutôt ce que je souhaite.

Il y a encore de nombreuses raisons pour lesquelles je crois que c’est une erreur que de trop vouloir se fondre à la culture et aux modes de vie locaux, quand on travaille à l’étranger. Par exemple. Mais j’y reviendrai…

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