Selon la Banque mondiale , le PIB annuel par habitant est, en Haïti, de 1200$. Les Haïtiens vivent donc, en moyenne, avec 100$ par mois, ou 3$ par jour. Dans la monnaie du pays, ça donne 120 gourdes. Et pourtant, contrairement à certains pays africains où on est étonné du prix ridiculement bas de certains aliments, Haïti, au contraire, surprend par le prix élevé de la nourriture. Un régime de bananes coûte 75 g. Un poulet : entre 300 g et 500 g (7,50$ et 12,50$). Du porc, pour préparer le fameux griot  : entre 100 et 500 g. Des pommes de terre ou de la banane plantain : à partir de 25 g.

Est-ce que j’observe, au quotidien, cette pauvreté ? Non.

D’une part, je ne suis pas tellement en contact avec le « haïtien moyen ». J’habite une maison dans un immense terrain clôturé, gardé nuit et jour à la fois par des gardiens de terrain et des agents de sécurité, et entretenu par des jardiniers et des bonnes. Ces derniers sont bien payés, m’a-t-on dit… selon les standards haïtiens. Mais leurs revenus demeurent relativement bas en standards canadiens.

D’autre part, la faim est invisible. Il n’y a ni famine ni malnutrition en Haïti. En tous cas, je n’ai encore jamais vu, comme je voyais régulièrement au Burkina Faso, des enfants au ventre gonflé et aux cheveux décolorés par la malnutrition. Mais on me dit que la plupart des haïtiens se contentent d’un ou deux repas par jour.

N’empêche, je suis consciente d’être, chaque jour, l’illustration parfaite de l’injustice notoire qui existe entre les pays riches et les pays pauvres. Mes revenus, même modestes, sont des centaines de fois plus élevés que ceux de l’haïtien moyen. J’en discutais hier avec des collègues, et nous étions tous d’accord pour dire que ça nous met dans une situation très délicate. Nous travaillons au quotidien dans l’espoir de réparer, au moins un peu, cette injustice. Mais nous avons toujours l’impression de ne pas en faire assez. Il aurait été facile de donner du chocolat au garçon qui m’en réclamait l’autre jour dans la rue. Mais est-ce que j’ai envie de créer avec lui cette relation de « tu me demandes et je donne » ? Non. Il arrive qu’on invite des employés locaux à prendre un verre ou à partager un repas. Mais est-ce que je souhaite en faire une habitude ? Non. J’accepte un faible revenu, mais je n’accepte pas de m’endetter. Il serait facile de donner un peu d’argent au jardinier qui en réclame pour envoyer ses enfants à l’école. Mais est-ce que cet argent sera réellement utilisé pour l’éducation des enfants ? En Occident, on nous enseigne dès l’enfance l’épargne et l’investissement. En Haïti, on m’a raconté qu’un homme qui avait implanté un système de micro-crédit, du temps d’Aristide, a été assassiné, parce qu’il faisait soi-disant compétition aux banques.

Je suis en Haïti parce qu’au fond de moi, même si c’est très idéaliste, voire irréaliste, je souhaite travailler pour plus de « Justice ». Oui, oui, j’écris « Justice » avec un grand J. Comme on parle de Dieu avec un grand « D ». Parce que ça prend une bonne dose de foi (et sans doute de naïveté) pour croire à la « Justice ». Mais est-ce qu’au quotidien, à l’extérieur de mon mandat, je travaille pour plus de « Justice » ? Non.

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2 thoughts on “Faire face à l’injustice au quotidien

    • 17 février 2012 à 19 h 04 min
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      Tu me trouves dure… ? J’essaie surtout d’être réaliste… Mais c’est vrai qu’il est toujours dangereux de tomber dans la culpabilité…

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