Les trains se suivent, mais ne se ressemblent pas. Après avoir voyagé dans un deuxième classe luxueux, où les portes des toilettes s’ouvraient automatiquement, et dans lequel il y avait un signal Internet, je me suis retrouvée dans un deuxième classe qui a sans doute fait la guerre. Par terre, du tapis qui pue, des murs en simili-bois, un air climatisé qui fonctionne plus ou moins, des toilettes qui puent… Étrangement, le troisième classe que j’ai pris entre Moscou et St-Petersbourg était beaucoup plus propre et récent.

C’est pas évident de se laver dans un train en marche… encore moins quand la toilette te dégoûte…

Pourquoi je me retrouve toujours sur les couchettes du haut ? Après avoir fait St-Petersbourg – Moscou, Nijni-Novgorod – Krasnoiarsk et Krasnoiarsk – Irkoutsk sur des couchettes du haut, j’ai fait changer les billets du trajet Irkoutsk – Vladivostok pour avoir des couchettes en bas. Déjà que ça prend un organisation du tonnerre pour manger, dormir, se laver, lire, etc. en train, c’est encore pire quand ton seul espace est situé dans les airs ! En tous cas, vive les mousquetons, grâce auxquels on accroche tout : sac de bouffe, bouteille d’eau, trousse de toilette, etc.

Si c’était à recommencer, j’aurais réservé tous mes billets dès leur mise en vente, 45 jours avant le départ, et j’aurais alterné entre des trains de deuxième et de troisième classe (pour les plus courts voyages, pour l’expérience surtout). Jusqu’à maintenant, j’ai surtout voyagé en 3e classe. Bien que l’expérience est très intéressante, j’ai hâte de retrouver le confort de la 2e classe. Et bien que plusieurs agences de voyage, Lonely Planet et compagnie suggèrent de voyager en 3e classe pour voyager et rencontrer des « vrais » Russes, j’ai rencontré des Russes très sympathiques en 2e classe. Et c’est faux de croire que les trains, en juillet et août, sont plein de touristes étrangers. Franchement, les rares fois où nous avons croisé des touristes non-Russes, c’était bien de pouvoir discuter autrement qu’en mimant !

La ville où je me suis sentie le plus dans le trou du monde est sans doute Krasnoiarsk. Cette ville sans charme, aux milles cours d’eau tellement sales, m’a fait me sentir très loin de la maison. Et justement, parlant de touristes, ils étaient inexistants à Krasnoiarsk… et je les comprends un peu !

La campagne et la forêt russes ressemblent beaucoup à celle du Québec. À plusieurs reprises, je me suis imaginée apercevoir ma maison au détour d’une voie ferrée.

Le décalage horaire est difficile à gérer. Les trains et les gares, de St-Petersbourg à Vladivostok, fonctionnent tous sur l’heure de Moscou, bien qu’il y ait entre un bout et l’autre du pays 7 heures de décalage. Quand on prend plusieurs trains au travers le pays, il faut garder un oeil sur l’heure de Moscou, mais dès qu’on arrive en ville, il faut sans arrêt faire le calcul : +1, +3, +5, etc. Le fait que le soleil se lève, en été, autour de 4h, pour se coucher autour de 23h contribue à la confusion.

Avec mes cheveux châtains et mes yeux pers, je passe facilement pour une Russe. Mais au cours des dernières années, j’ai toujours voyagé dans des pays noirs où il était évident que j’étais étrangère. Si la curiosité dérange parfois, elle est aussi réconfortante. De passer pour une locale est étrange et déstabilisant. Je ne sais pas toujours comment réagir quand les gens s’adressent à moi en russe.

Les provonik et provonista (hôtes et hôtesses de train) se relaient le jour et la nuit. C’est toujours un peu étrange de voir la provonista, sur ses heures de congé, se promener dans le train en robe de chambre ou en pyjama… Imaginez un peu croiser une hôtesse de l’air qui aurait soudainement chaussé ses pantoufles et enfilé son pyjama !

À chaque village rencontré entre Irkoutsk et Vladivostok, une phrase me venait systématiquement en tête : « Méchant trou ! » Toutes ces heures passées en train, à traverser des champs et des forêts vides de toute présence humaine, contribuent sans doute à cette impression d’être loin de tout. En même temps, quand on y pense, quel beau moyen de rapprocher les gens que de construire une voie ferrée pour traverser un pays de près de 10 000 km ! Quand je m’arrête à y penser quelques secondes, je trouve que le transsibérien, tout électrifié en plus, est une réelle merveille !

Dans un train russe, sauf peut-être en 1e classe (et encore là !), ça pue ! Il fait chaud, ça sent un mélange de transpiration, de mauvaise haleine, de nouilles Ramens, de saucissons, de fromage, de pipi, de caca, de cigarette (non, mais, les Russes fument tellement !)… Et les toilettes sont toujours assez dégoûtantes…

La Russie n’est pas un pays pour les backpackers à petit budget. C’est possible de manger et de se loger pour moins de 50$ par jour, mais le train coûte très cher. Ainsi, je ne sais pas si ceci explique cela, mais nous rencontrons beaucoup, dans les auberges, des couples voyageurs, qui ont décidé de tout vendre (maison, auto, etc.) pour voyager pendant au moins plusieurs mois. Ça fait très très longtemps que je n’ai pas dormi dans des auberges de jeunesse, ainsi, je me demande si c’est aussi fréquent ailleurs en Europe…

Voyager en train, c’est aussi assister à des centaines d’aurevoirs sur les différentes gares du pays. Qui dit aurevoirs, dit french kiss. Les french russes sont… bizarres. C’est comme s’il y avait trop de langues pour un si petit espace…

J’adore voyager en train. J’aime regarder défiler les paysages pendant des heures. J’aime pouvoir me coucher quand j’en ai envie, faire des siestes en plein après-midi, passer des heures à lire ou à regarder mes photos. J’aime organiser ma vie en fonction de l’heure du déjeuner, du dîner, du souper et du dodo. J’aime organiser ma vie en fonction des arrêts en gare de 15 à 30 minutes… Mais maintenant que j’ai fait plus de 150 heures de train sur les presque 300 heures prévues à mon voyage, je dois avouer que j’appréhende un peu le prochain départ : un autre voyage de près de 3 jours qui me ramènera de Vladivostok jusqu’à Oulan-Oude, près de la frontière avec la Mongolie. Le visa touristique accordé par la Russie étant pour moins de 30 jours, mon séjour dans ce pays s’achève déjà. Et pourtant, j’ai encore plusieurs kilomètres de voie ferrée à avaler…

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